Retrouver la fierté d’être quelqu’un

A l’occasion de la journée internationale du 17 octobre, journée de lutte contre la misère, nous avons rejoint l’initiative de ATD Quart Monde qui réunit le 8 octobre les acteurs fribourgeois engagés contre l’exclusion et ses conséquences en Suisse.

Demain à Fribourg, comment agir ensemble pour refuser l’exclusion?

L’exclusion en Suisse, ça existe? Notre pays a l’image d’un pays riche dans lequel chacun vit dans l’abondance. Et pourtant, comme le disait un candidat à une émission ce midi, l’argent est plutôt dans les banques que dans les mains des habitants. Mais il occupe une place certaine dans l’imaginaire, il hante  les esprits, parce qu’il est l’aune à laquelle la société mesure la « réussite » individuelle. Et particulièrement cet argent reçu comme ce bien donné en échange d’un travail fourni, comme le pain gagné à la sueur du front. Comme un mérite. Il est investi d’une grand charge émotionnelle liée à des valeurs: engagement, fidélité, reconnaissance…

Travail et exclusion

En Suisse aussi le monde du travail est violent. Dans ce qu’il est d’usage d’appeler la classe moyenne inférieure, 1 personne sur 4 souffre de difficultés financières. Les travailleuses et travailleurs pauvres sont nombreux. Les personnes de plus de 50 ans qui ont perdu leur emploi voient leur vie sociale basculer souvent irrémédiablement, leur couple voler en éclats. Le mobbing, les injustices. les humiliations, les harcèlements, représentent plus de 45% des difficultés rencontrées sur le lieu de travail. Les patrons et cheffes de toutes petites entreprises travaillent un nombre impressionnant d’heures hebdomadaires et peinent à joindre les 2 bouts. Plus de 13’000 procédures de mise en faillite ont été engagées en 2015, sans compter les faillites des personnes non inscrites au registres du commerce.

L’épuisement professionnel est une réalité dans le monde du travail et il a ses conséquences sur la vie familiale et sociale.  partout. Le site Burnout.ch donne cette définition: « Burnout (épuisement professionnel) est un terme générique désignant un état de fatigue émotionnel, mental et physique caractérisé d’un manque de motivation et de performance après des mois ou voire des années de surmenage, de surenchère; c’est un cercle vicieux. »

Combien des faillites ont été causées par ces burnout? Faire faillite c’est, dit le dictionnaire, ne pas être à la hauteur. Le sentiment de faillite génère un sentiment de honte. La honte sépare des autres et isole. Elle exclue de vivre bien ensemble.

Comment changer cela?

Quel est le degré de liberté dont nous disposons pour aménager nos espaces-temps de travail? Innover dans le monde du travail n’est pas si facile, parce que les traditions ont du poids.

Dans notre ong, nous avons des canapés pour nous installer confortablement, des matelas pour faire la sieste, une tablette pour regarder des films et nous organisons librement mais en équipe notre temps de travail. Peut-être aurez-vous envie de dire comme quelques autres: « Comment? vous n’avez pas d’horaires fixes? Vous permettez à vos bénévoles de faire la sieste? Vous ne contrôlez pas leur temps de travail? Vous êtes sûrs que c’est sérieux? ».

Imprévisible mais visible!

Mais peut-être aussi y verrez-vous une réalité autre: celle d’un espace, d’un temps, où nous nous travaillons beaucoup, mais en respectant notre rythme, nos coups de fatigue, nos rhumes, les chagrins et les deuils que nous avons à traverser comme nos jours d’hyperactivisme! L’enthousiasme efficace avec lequel les personnes déplacées dans les camps s’engagent avec nous et créent de nouveaux projets économiques à dimensions humaines suffit à raconter combien notre vision du travail est productive: elle produit de la chaleur humaine, le sens des responsabilités ensemble, l’engagement pour une vision. C’est visible et mesurable.

Mais ce n’est pas prédictible. Car cela prend du temps et que le facteur humain nous enlève la maitrise sur le cours des affaires et que ce n’est pas garanti à vie.

Retrouver la fierté d’être quelqu’un

Les personnes avec Epiceries apprennent à se remettre de leur angoisse face aux pertes qu’elles ont subi et à surmonter la honte de ne pas avoir été à la hauteur. Elles apprennent peu à peu à retrouver la fierté d’être quelqu’un, le désir de changer les choses, et le courage de le faire.

En Suisse, la peur de l’échec, la pression de devoir réussir et la honte de ne pas avoir réussi sont des sentiments si grands qu’ils paralysent de nombreuses personnes. Et l’aune de la réussite, c’est l’argent. Qui en a, a bien fait les choses. Qui en manque a failli. Exclu de parler de problèmes d’argent . Et pourtant, dans l’intimité, c’est un sujet omniprésent.

Nous cherchons avec toutes ces personnes des pistes pour transformer toute cette énergie perdue à cacher le manque, la souffrance, la honte, en énergie positive, de cette énergie qui donne le goût de vivre.

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