Cercles de parole – Bâton de parole

Les cercles de parole, que Véronique Isenmann a reçu en partage des Nations premières au Nord du Québec, sont le fondement de notre démarche.

Les personnes se tiennent en un cercle fermé, dans un espace qui constitue une bulle de protection, un espace de confidentialité. Le-la « sage » qui guide le cercle entame le tour de parole avec une parole par rapport à laquelle les participants vont s’exprimer, s’ils le souhaitent, à tour de rôle en JE. Il n’est pas permis d’interpeler un autre intervenant, si ce n’est pour avoir des précisions de compréhension.

Le bâton de parole qui passe de main en main et laisse la personne libre de parler ou de se taire, de peser ses mots à l’aulne du poids du bâton, rend visible que nul-le ne peut en être privé-e. C’est le premier pas vers la démocratie. Nous travaillons à Epiceries avec des bâtons de parole de taille et de poids différents posés au centre du cercle. Chaque personne est libre de se lever et de changer de bâton de parole pour signifier le poids ou la taille de ce qu’il a à dire.

La parole continue de tourner tant que des personnes ont des points à compléter ou ajouter par rapport à la question initiale. Le-la sage peut ensuite faire une synthèse et proposer une nouvelle question née des premières rondes.

Pour éviter que certaines personnes ne nolisent la parole au détriment des autres participants. il est essentiel que le-la sage soit bien formé aux différentes approches possibles pour rendre chacun-e responsable du partage du temps.

Trauma Taping Therapy et Simama: belle rencontre à Goma

Rencontre avec Gunilla Hamne

Ce matin à Goma belle rencontre entre notre co-président Denis Awazi Makopa et Gunilla Hamne, conceptrice de la Trauma Tapping Technique TTT, l’un des éléments importants de notre projet Simama.

En effet Simama commence une pratique d’exercices psychocorporels, dont la technique du tapotement contre les traumas est un élément central. Avec Simama, le tapotement associé aux sons qui entrent en résonance avec la souffrance intérieure permet de mettre les maux en mots dans les cercles de parole.

Ils se sont retrouvé au Bureau pour le Volontariat au service de l’Enfance et de la Santé, très belle asbl qui s’occupe de la réinsertion des enfants soldats dans les Kivu. Merci Gunilla pour toute l’inspiration et les belles rencontres avec nous.

Vous trouverez plus d’information sur le travail de Gunilla sur son site . Vous pouvez aussi découvrir le tapotement grâce à une animation qui permet de découvrir Step-by-Step de quoi il s’agit.

Nous serons vos relais là où nous allons …

Grâce à  Goyabaya,  j’ai pu me relever, je sais maintenant que faire dans la vie si on est au bout. Présentement,  je sais qu’il y a des gens qui savent redonner de l’espoir de vivre. Au début de cette activité j’avais l’intention d’abandonner,  je prenais comme un temps perdu tous ces exercices sur la détraumatisation et je n’y croyais pas et je ne pensais pas que l’on puisse jamais guérir de ses plaies intérieures, suite de ce que l’on a vu,  entendu ou senti. Mais grâce à  vous je suis en forme, alors très en forme, merci merci du travail abattu. Nous serons vos relais là où nous allons et ne tardez pas de venir nous rendre visite. aksanti, aksanti sana.

Babamama Jeanette Uzamukunda, 47 ans, retournée de Ntamugenga, épouse de Placide, 8 enfants, Rutshuru

Babamama - retour 29.1.17Sur 75 Babamama intermédiateurs culturels, 50 ont choisi de retourner dans leurs milieux parce qu’ils se sentent prêts, pour certains après de nombreuses années passées dans le camp de Mugunga III. Magnifique impact de notre projet d résilience Simama et de son prolongement, le projet d’empowerment GoyaBaya.

Ils ont choisi d’être les ambassadeurs de nos projets là où ils seront. Les 10 premiers sont partis avec leurs familles. Ils seront rejoints par notre équipe Epiceries-SVP dans les prochains jours pour être présentés aux autorités civiles, coutumières et religieuses et pour les accompagner dans leurs premiers pas de retour. Les prochains groupes s’apprêtent à leur tous.
Ils sont partis par camion au petit jour avec l’association des camionneurs et sont  arrivés sains et saufs.

 

Il est homme, pygmée, et il a dit oui

Les cercles de parole, transmis par les Nations premières au Nord du Québec, sont le fondement de notre démarche. Le bâton de parole qui passe de main en main et laisse la personne libre de parler ou de se taire, de peser ses mots à l’aulne du poids du bâton, rend visible que nul-le ne peut en être privé-e. C’est le premier pas vers la démocratie.

Cercle de paroleJean-Paul est mtwa, c’est à dire homme de la forêt, pygmée. Après 1 mois de formation à Simama dans le camp de Mugunga III, il nous dit: « Il y a un mois, je ne savais même pas qu’un pygmée pouvait prendre la parole devant un bantu (ndlr: humain, représentant de tous les groupes non pygmés). Il y a une semaine je ne savais même pas qu’un jour j’aurais envie de prendre la parole devant un bantu. Et aujourd’hui, non seulement j’ai le désir de prendre la parole devant un bantu, non seulement j’ose la demander, mais en plus je trouve normal qu’on me la donne. Il faut absolument que tous les batwa (ndlr: pygmées) apprennent cette bonne nouvelle. »

Depuis, Jean-Paul fait partie des 76 Babamama du camp de Mugunga III, et il s’investit avec ses collègues dans les projets de résilience et d’empowerment dans le camp et dans le groupement de Mudja, territoire de Nyiragongo

 

Elles trouvent le courage de rentrer

A l’heure où la Province du Nord-Kivu compte plus de 830’000 personnes déplacées, 2 de nos Babamama ont eu le courage et l’envie de rentrer chez elles après des années passées dans un camp.

Séance Simama
Séance Simama

Pourquoi partir maintenant? Comme Babamama, elles ont appris les exercices de détraumatisation, elles savent gérer des cercles de parole et mener à bien une activité communautaire pour la cohésion sociale et l’acquisition de revenus.

Et elles ont souligné que enfin elles se sentaient armées pour repartir chez elle et si possible créer une antenne Simama dans leur lieu de retour. Merci les amies et à tout à l’heure!!!

Retrouver la fierté d’être quelqu’un

A l’occasion de la journée internationale du 17 octobre, journée de lutte contre la misère, nous avons rejoint l’initiative de ATD Quart Monde qui réunit le 8 octobre les acteurs fribourgeois engagés contre l’exclusion et ses conséquences en Suisse.

Demain à Fribourg, comment agir ensemble pour refuser l’exclusion?

L’exclusion en Suisse, ça existe? Notre pays a l’image d’un pays riche dans lequel chacun vit dans l’abondance. Et pourtant, comme le disait un candidat à une émission ce midi, l’argent est plutôt dans les banques que dans les mains des habitants. Mais il occupe une place certaine dans l’imaginaire, il hante  les esprits, parce qu’il est l’aune à laquelle la société mesure la « réussite » individuelle. Et particulièrement cet argent reçu comme ce bien donné en échange d’un travail fourni, comme le pain gagné à la sueur du front. Comme un mérite. Il est investi d’une grand charge émotionnelle liée à des valeurs: engagement, fidélité, reconnaissance…

Travail et exclusion

En Suisse aussi le monde du travail est violent. Dans ce qu’il est d’usage d’appeler la classe moyenne inférieure, 1 personne sur 4 souffre de difficultés financières. Les travailleuses et travailleurs pauvres sont nombreux. Les personnes de plus de 50 ans qui ont perdu leur emploi voient leur vie sociale basculer souvent irrémédiablement, leur couple voler en éclats. Le mobbing, les injustices. les humiliations, les harcèlements, représentent plus de 45% des difficultés rencontrées sur le lieu de travail. Les patrons et cheffes de toutes petites entreprises travaillent un nombre impressionnant d’heures hebdomadaires et peinent à joindre les 2 bouts. Plus de 13’000 procédures de mise en faillite ont été engagées en 2015, sans compter les faillites des personnes non inscrites au registres du commerce.

L’épuisement professionnel est une réalité dans le monde du travail et il a ses conséquences sur la vie familiale et sociale.  partout. Le site Burnout.ch donne cette définition: « Burnout (épuisement professionnel) est un terme générique désignant un état de fatigue émotionnel, mental et physique caractérisé d’un manque de motivation et de performance après des mois ou voire des années de surmenage, de surenchère; c’est un cercle vicieux. »

Combien des faillites ont été causées par ces burnout? Faire faillite c’est, dit le dictionnaire, ne pas être à la hauteur. Le sentiment de faillite génère un sentiment de honte. La honte sépare des autres et isole. Elle exclue de vivre bien ensemble.

Comment changer cela?

Quel est le degré de liberté dont nous disposons pour aménager nos espaces-temps de travail? Innover dans le monde du travail n’est pas si facile, parce que les traditions ont du poids.

Dans notre ong, nous avons des canapés pour nous installer confortablement, des matelas pour faire la sieste, une tablette pour regarder des films et nous organisons librement mais en équipe notre temps de travail. Peut-être aurez-vous envie de dire comme quelques autres: « Comment? vous n’avez pas d’horaires fixes? Vous permettez à vos bénévoles de faire la sieste? Vous ne contrôlez pas leur temps de travail? Vous êtes sûrs que c’est sérieux? ».

Imprévisible mais visible!

Mais peut-être aussi y verrez-vous une réalité autre: celle d’un espace, d’un temps, où nous nous travaillons beaucoup, mais en respectant notre rythme, nos coups de fatigue, nos rhumes, les chagrins et les deuils que nous avons à traverser comme nos jours d’hyperactivisme! L’enthousiasme efficace avec lequel les personnes déplacées dans les camps s’engagent avec nous et créent de nouveaux projets économiques à dimensions humaines suffit à raconter combien notre vision du travail est productive: elle produit de la chaleur humaine, le sens des responsabilités ensemble, l’engagement pour une vision. C’est visible et mesurable.

Mais ce n’est pas prédictible. Car cela prend du temps et que le facteur humain nous enlève la maitrise sur le cours des affaires et que ce n’est pas garanti à vie.

Retrouver la fierté d’être quelqu’un

Les personnes avec Epiceries apprennent à se remettre de leur angoisse face aux pertes qu’elles ont subi et à surmonter la honte de ne pas avoir été à la hauteur. Elles apprennent peu à peu à retrouver la fierté d’être quelqu’un, le désir de changer les choses, et le courage de le faire.

En Suisse, la peur de l’échec, la pression de devoir réussir et la honte de ne pas avoir réussi sont des sentiments si grands qu’ils paralysent de nombreuses personnes. Et l’aune de la réussite, c’est l’argent. Qui en a, a bien fait les choses. Qui en manque a failli. Exclu de parler de problèmes d’argent . Et pourtant, dans l’intimité, c’est un sujet omniprésent.

Nous cherchons avec toutes ces personnes des pistes pour transformer toute cette énergie perdue à cacher le manque, la souffrance, la honte, en énergie positive, de cette énergie qui donne le goût de vivre.