Une journée des droits des femmes consacrée à l’homme qui sauve les femmes

Hier soir sur France 5  » l’Homme qui répare les Femmes », le film sur le Dr Mukwege réalisé par Thierry Michel avec son immense sensibilité pour les paysages congolais.
Mais sur le plan humain, j’ai largement préféré le documentaire de la réalisatrice sénégalaise Angèle Diabang « Congo, un médecin pour sauver les femmes ». Elle n’a pas fait un film à la gloire du certes remarquable Dr. Mukwege, mais une réalisation pleine de respect pour les femmes, une attention de chaque instant à ne pas jouer du sensationnel mais à respecter la dignité des femmes et un hommage à l’écoute de l’équipe de Panzi.
 
Lors de la projection de ce film au Festival des Films d’Afrique de Lausanne. à l’invitation d’Amnesty International, et après une interview avec Angèle Diabang par skype, la question a été posée à notre ONG Epiceries si nous faisions le même travail que le Dr Mukwege.
 

Docteur Mukwege

Nous n’avons pas d’hôpital et nos programmes ne sont pas centrés en premier lieu sur les violences faites aux femmes, même si inévitablement elles sont très présentes dans notre quotidien.

Epiceries se consacre à la restauration du corps social, si affreusement mutilé depuis 20 ans.
Les violences physiques ont infligé des blessures profondes aux femmes, mais aussi aux hommes, aux familles, aux communautés. De profondes déchirures à travers des violations multiples et croisées des droits culturels fondamentaux, dont la mesure sur le long terme n’est pas encore prise.
Notre «  hôpital  » ce sont les villages, les communautés en souffrance, tentant tant bien que mal de panser leurs blessures, malgré de nouvelles fractures permanentes. Nos «soignants» ce sont les populations elles-mêmes. Nous accompagnons les personnes et les communautés, pour qu’elles trouvent comment soigner leurs blessures, apaiser leurs haines, leurs peurs, et qu’elles acceptent de devenir soignantes pour d’autres autour d’elles. Parce que nous sommes persuadés que, face à une situation qui s’éternise, c’est de la population que pourraient venir des changements signifiants.
Nos équipes prennent des risques, elles s’engagent bénévolement dans ce travail sans fin, elles consacrent toutes leurs énergies à former les personnes dans les camps, dans les villages. Le travail de l’équipe de Panzi est magnifique, le travail du Dr Mukwege est exceptionnel, et il faut sans doute des héros pour montrer que nous pouvons changer le monde.  Mais quand les femmes rentrent chez elles, qui va apprendre aux vieilles à ne pas les mettre au ban de leur communauté? Qui va les rendre solidaires? Qui va aider les pères, les oncles, les fils à accepter d’avoir été impuissants devant la violence qui a été infligée aux femmes qu’ils avaient pour mission de protéger? Qui va réparer le tissu social, opérer les plaies à vif, aider à la cicatrisation?
Il faut le travail solidaire et en réseau de toutes les organisations, de toutes les personnes de bonne volonté et la re-co-naissance mutuelle.

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